La majorité des transgressions au collège ne seraient pas dues à des problèmes de comportement mais à des conduites sociales de virilité. De ce fait, la sanction a le plus souvent un effet contre-productif : elle renforce chez les garçons cette identité virile qu’ils pensent se créer. 

 

Une fabrique du genre qui se fait en amont de la scolarisation

L’anthropologue américaine M. MEAD est une des premières à avoir parlé des rôles sexuels dans Mœurs et sexualité en Océanie. Ce qu’elle nomme le « tempérament », ce sont les traits de caractère qui ne proviennent pas directement du sexe biologique mais qui sont développés dans les différentes sociétés. On parle d’ « habitus masculin » défini comme l’incorporation des manières de se comporter comme des hommes, d’affirmer en toute circonstance leur virilité. Cela se manifeste par des marqueurs, tels que l’agressivité, la compétition, le refoulement des émotions, la violence… et s’apprend par le biais des médias, des familles.

A l’entrée à l’école, les enfants sont peu séparés selon le genre. Mais au préalable il y a souvent eu un renforcement qui consiste à encourager l’enfant lorsque son comportement est typique à son sexe. Et à le décourager quand il va à son encontre. Ainsi, quand l’enfant arrive à l’école, il devient un élève ayant intégré les normes qui s’appliquent à lui. On parle de « fabrique des garçons » au sein du système scolaire.

La sociologue Marie Duru Bellat, dans École de garçons et école de filles met en avant la difficile position de l’élève de sexe masculin, coincé entre ces deux systèmes normatifs opposés : la famille et les pairs d’une part, l’école d’autre part. L’opposition de ces deux modèles expliquerait pourquoi, au sein du système éducatif, les garçons apparaissent comme les fauteurs de troubles.

 

Une fabrique du genre renforcée à l’école

L’égalité entre les filles et les garçons constitue une obligation légale et une mission fondamentale de l’Education nationale. On pourrait alors croire que l’école amoindrit cette fabrique du genre. Pourtant, à l’école, les garçons apparaissent comme les premières victimes de l’inégalité entre les sexes. Non plus à cause de la famille mais à cause de l’école. L’école est pour eux la meilleure façon de forger cette construction du masculin. Et ainsi de prouver leur virilité face aux pairs.

sanction« Pour entrer dans les standards de la virilité, un garçon se doit de défier l’autorité », analyse la chercheuse Sylvie Ayral. La sanction réprime cette défiance de l’autorité au sein des établissements scolaires . En conséquence, Ayral montre qu’au collège les garçons représentent 80% des élèves sanctionnés tous motifs confondus ; 83% des élèves sont sanctionnés pour indiscipline ou insolence ; 91,7% pour des actes relevant d’atteinte aux biens et aux personnes. Les formes les plus extrêmes de perturbations sont donc exclusivement le fait des garçons.

La sanction différencie symboliquement les deux sexes

Du point de vue des élèves, le simple fait de transgresser les règles provoque chez le garçon un sentiment de plaisir. De part le fait de s’opposer aux règles et de s’affirmer. La sanction est pour la plupart considérée comme une récompense, une médaille de virilité. C’est pourquoi, en plus de cette stimulation provoquée par le fait de s’opposer au règlement, certains élèves agissent dans l’optique d’être sanctionnés ou de se faire repérer. La sanction agit chez les garçons comme un rite différenciateur de sexe. Elle est une preuve de la conformité aux normes de la virilité. Elle est aussi un rite de passage car elle forme le garçon à devenir une personne sexuellement dominante.

Aussi, elle permet d’affirmer et de renforcer son identité masculine, et par là même de renforcer les inégalités entre garçons et filles. La sanction a donc un effet pervers. Elle est contre-productive puisqu’elle « valorise » finalement les garçons. Le simple fait de le sanctionner renforce le comportement réprimé. Comme le souligne Marie Duru-Bellat, du fait des normes de sexes et de la pression des groupes de pairs « les garçons sont exposés à un réel dilemme : apparaître viril ou être un bon élève.»

Enfin, il apparaît que « l’école semble avoir admis que la transgression est dans les gènes des garçons, qu’ils ont à se défouler, à se battre. » L’idée selon laquelle les garçons sont naturellement plus indisciplinés s’intériorise progressivement. En conséquence, les garçons sont parfois sanctionnés sans réelle justification, par prévention et pour poser des limites.

 

La mise en place d’une éducation non sexiste doit donc être une priorité au sein des établissements scolaires

La majorité des transgressions au collège ne seraient pas dues à des problèmes de comportement. Mais à des conduites sociales de virilité. De ce fait, les punitions ont le plus souvent un effet contre-productif. Car elles renforcent chez les garçons cette identité virile qu’ils pensent se créer.

Il faudrait donc retravailler sur la gradation des sanctions pour éviter les exclusions et veiller à les rendre exceptionnelles. Ou alors développer les partenariats ou la médiation.

Pour garantir l’égalité entre les sexes et en finir avec la fabrique des garçons, il faudrait s’affranchir des déterminismes sexués. Pour « travailler sur la construction de la virilité et de la féminité pour démêler les choses », selon Sylvie Ayral.

 

Alexandra BELOU pour l’Association OZE