Le harcèlement scolaire 2.0, appelé également « cyber-harcèlement », est un phénomène qui touche un grand nombre d’adolescents. Aspirés dans une spirale infernale, ils parviennent rarement à en parler aux adultes. Par honte ou encore par peur des représailles.

 

« À 14 h 30, on nous a annoncé que tu nous avais quittés. “Est-ce qu’il y a une lettre ?” Non, non, ont répondu les gendarmes. Nous étions abasourdis, assommés, comme si le fil qui nous rattachait au réel s’était soudain coupé. » C’est ainsi que se termine le premier chapitre du livre de Nora Fraisse Marion, 13 ans pour toujours, qui aborde le suicide de sa fille victime de cyber-harcèlement. Cet ouvrage aura d’ailleurs inspiré le téléfilm éponyme diffusé en 2016. A l’heure du numérique, les retombées du harcèlement peuvent donc être très graves et conduire parfois au suicide de l’élève en situation de détresse, qui se sent incompris des adultes.

 

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◊ Qu’est-ce que le cyber-harcèlement scolaire ?

Selon le site www.nonauharcelement.education.gouv.fr, le cyber-harcèlement se définit comme « un acte agressif, intentionnel perpétré par un individu ou un groupe d’individus au moyen de formes de communications électroniques, de façon répétée à l’encontre d’une victime qui ne peut facilement se défendre seule ».

En ce qui concerne le cyber-harcèlement entre élèves plus spécifiquement, il s’agit d’un mode de harcèlement qui débute souvent dans l’établissement scolaire et se poursuit en dehors, notamment par le biais de SMS, de mails ou à travers les réseaux sociaux. Ainsi, l’enfant se retrouve submergé d’insultes, d’intimidations, de chantage… Sans aucune limite et sans répit. On estime de 10% à 15 % la part d’élèves harcelés en France.

Les causes sont diverses et variées. Les harceleurs peuvent en effet s’attaquer à des élèves qui sont timides, surdoués, handicapés, ou considérés comme « plus faibles ». Bien souvent, les harceleurs ont eux-mêmes déjà été harcelés et procèdent ainsi pour se fondre dans la masse. Cette situation concerne environ 60% des jeunes harceleurs. A noter que dans le cas du cyber-harcèlement, les actes se produisent la plupart de temps dans l’anonymat.

 

Comment prévenir le cyber-harcèlement entre élèves ?

L’âge d’accès à Internet se situant aux alentours de 9 ans, les parents ont un rôle de prévention de par une surveillance des activités de leurs enfants sur Internet. Ce dans le but d’enrayer les débordements entre élèves et de contrer l’atteinte au respect de leur vie privée.

Ainsi, l’utilisation de certains sites peut être bloquée grâce à un système de « contrôle parental ». Pour ce faire, vous pouvez par exemple télécharger un logiciel gratuit sur le site www.e-enfance.org/espace-controle-parental. Notons également que sur Facebook, l’âge minimum requis est de 13 ans. Un enfant d’un âge inférieur n’est donc pas censé y avoir accès, du fait de son manque de discernement face à certaines situations. Malheureusement, de nombreux enfants s’y inscrivent en renseignant une fausse date de naissance. Là encore, il s’agit pour les parents de garder un œil sur leur enfant.

Même s’il est difficile pour un adolescent de se confier à un adulte, il aura besoin à certains moments de se sentir écouté et conseillé. Sur ce sujet, l’idéal est de parler des sujets « à risques » avant que le problème ne se déclare. Progressivement, suivant l’âge de l’enfant et dès le courant de l’école primaire, les sujets doivent être abordés sans tabou, sans pression, sur le mode informatif et avec le message indirect permanent : « tu peux nous en parler ; nous t’écouterons ; nous ne te jugerons pas ». On peut bien sûr saisir l’opportunité d’un film, d’une actualité pour aborder le sujet.

Quant aux enseignants, ils ont également un rôle à jouer dans l’enceinte de l’établissement scolaire. Observer, écouter, et intervenir en cas d’altercations en essayant d’en comprendre les raisons. Mais ils se doivent également de parler de ce phénomène destructeur et pernicieux. De faire comprendre aux élèves que le harcèlement – a fortiori le cyber-harcèlement – peut avoir des répercussions sur toute une vie. Sur le plan social, affectif et professionnel.

Autre acteur de prévention : l’association e-Enfance, en partenariat avec le ministère de l’Education Nationale, qui propose des actions de prévention dans les établissements scolaires. Elle travaille à la responsabilité des jeunes sur l’usage du numérique et anime des conférences avec les parent. Elle mène également régulièrement des actions de sensibilisation dans les médias.

 

Quelle prise en charge pour un élève harcelé ?

cyber-harcèlementDans le cas où un enfant est harcelé, on note plusieurs signes évocateurs : une faible estime de soi et un manque d’intérêt pour les activités qui, autrefois, apportaient du plaisir à l’enfant. Mais aussi des problèmes de sommeil, une fatigue récurrente, des résultats scolaires en berne… C’est pourquoi, il est essentiel pour le parent de dialoguer avec l’enfant, autant que faire se peut.

Après avoir décelé un problème de harcèlement grâce à leur observation et aux changements de comportement de l’élève, les enseignants se doivent d’informer les parents de la situation et de chercher des solutions. On pourra par exemple organiser une rencontre avec les parents du harceleur. Mais aussi : demander au harceleur de présenter des excuses et de retirer les contenus diffamatoires publiés sur Internet… Marion, la fille de Nora Fraisse, n’a pas eu cette chance : « Que se passait-il dans ce collège pour que personne ne s’inquiète d’un changement aussi brutal de comportement ? » Une attention plus soutenue des enseignants aurait pu aider à éviter ce drame.

Dans les cas extrêmes, il faudra peut-être envisager de changer d’école. Ce cas de figure peut survenir si l’élève développe des angoisses qui ne lui permettent plus de revenir au sein de l’établissement. Cela lui permettra ainsi de créer de nouvelles relations sociales, sans préjugés. Et de ne plus voir sa vie à travers le prisme de la peur.

 

Comprendre les conséquences en l’absence de prise en charge

En outre, entamer une psychothérapie peut s’avérer nécessaire. En effet, certains cas de harcèlement peuvent déterminer un syndrome de stress post-traumatique. La réminiscence des scènes d’humiliation peut accaparer la vie de la personne à l’âge adulte. Pour Jean-Baptiste, qui a connu le harcèlement scolaire, la prise en charge s’est faite « sur le tard » et de sa propre initiative : « Au collège, je me faisais harceler parce que j’étais bon élève et que je ne portais pas de vêtements de marque. J’en ai beaucoup souffert. Suivre une psychothérapie à l’adolescence aurait pu me permettre d’extérioriser mon mal-être qui a eu de réelles conséquences sur ma vie d’adulte, notamment un manque de confiance en moi et des difficultés dans mes relations sociales. Mais je pense qu’à l’époque les parents n’accordaient pas autant d’importance à la psychologie de l’enfant et sous-estimaient les conséquences des actes de harcèlement. »

Ancienne victime de harcèlement dit « classique », Jean-Baptiste ajoute : « Lorsque j’avais 14 ans, les réseaux sociaux n’existaient pas, je pouvais donc couper les week-ends et pendant les vacances. Je n’imagine pas la souffrance que doivent endurer aujourd’hui les jeunes harcelés du fait de l’omniprésence des messages de harcèlement. Ils ont besoin d’être aidés. » Echanger avec un professionnel pour « cathartiser » ses tensions internes peut ainsi mener à la résilience.

Un accompagnement est aussi bien souvent très utile voire indispensable pour le ou les harceleurs. Quelle que soit l’origine, ils vivent souvent une situation de mal-être qu’il est important de traiter. Parfois, il faudra aussi considérer la classe ou le niveau pour prévenir toute récidive.

L’association e-Enfance offre également une assistance téléphonique gratuite. En cas de problèmes de cyber-harcèlement, vous pouvez contacter le numéro vert Net Ecoute 0 800 200 000. Ce numéro vous permettra d’obtenir non seulement conseils juridiques mais aussi assistance psychologique.

 

Le cyber-harcèlement scolaire peut avoir des conséquences désastreuses sur la vie adulte. Il est donc essentiel d’être attentif à tout changement de comportement. Et surtout d’agir lorsque la situation s’aggrave et devient délétère pour l’élève.

 

 

Sébastien pour l’Association Oze