liberté

L’École de la liberté Un modèle d’éducation autonome et démocratique

Daniel Greenberg

Mama Editionsoct. 2017

 

 

Daniel A.Greenberg a été professeur de physique à la Columbia University avant de se lancer dans l’aventure de l’école Sudbury Valley qu’il a cofondée dans le Massachussetts en 1968.

Tout commence par le postulat suivant : l’enseignement actuel ne répond plus aux enjeux de notre société. L’ère industrielle a laissé place à celle de l’information, ce qui requiert une lecture nouvelle des besoins de l’enfant pour devenir efficace. Au vu de l’émergence incessante de nouveautés quel que soit le champ d’application, est-il utile d’imposer aux élèves l’apprentissage d’une somme de connaissances qui se révèlera in fine obsolète dans quelques années ?

Greenberg porte un regard sévère et sans appel sur l’école traditionnelle : si elle ne répond pas aux enjeux d’adaptabilité de nos sociétés modernes, elle continue néanmoins de briser « la volonté des enfants ». L’école applique un schéma à la fois coercitif et directif contraire aux lois naturelles qui régissent le développement personnel de l’enfant et « son moi intérieur ».

A l’appui de ce constat, Greenberg décide de réinventer l’école comme un lieu ouvert permettant d’ « apprendre à tracer son propre chemin, établir ses propres critères, atteindre ses propres objectifs ». La Sudbury Valley propose donc aux enfants une nouvelle manière de se réapproprier le savoir en leur laissant la possibilité de découvrir par eux-mêmes les choses réellement importantes pour subsister.

Tentons de nous plonger le temps d’un article dans ce nouveau paradigme qui balaye d’un revers de la main toutes nos croyances limitantes sur l’Education.

Le respect de la liberté individuelle

Un certain nombre de préceptes compose les bases de ce nouveau type d’école, en premier lieu le respect de la liberté individuelle. Les enseignants refusent par exemple de contraindre les enfants à une activité considérée comme essentielle même dans la bonne intention de sécuriser leur avenir. En dehors du cadre de vie collective régi par un règlement intérieur, tout le reste relève pleinement de la responsabilité de l’enfant. L’école devient un espace ouvert à toutes les pratiques possibles.

A chacun son rythme

Greenberg incite les enseignants à faire preuve de beaucoup d’humilité car, de sa propre expérience, le processus même d’apprentissage est un concept assez flou dans la pratique qu’il s’agisse d’un élève assidu ou non. Personne ne sait pourquoi et comment un enfant arrive tout à coup à apprendre quelque chose. Voilà pourquoi laisser l’élève libre de ses choix et de son rythme d’apprentissage lui semble plus cohérent dans l’exercice de sa fonction d’enseignant. Le mieux à faire,  selon lui, est de se placer en retrait et de se mêler le moins possible du processus d’apprentissage. Tout vient à point pour qui sait être patient…

Le désir d’apprendre

La base de l’apprentissage passe par le désir qu’un enfant manifeste dans l’étude de telle ou telle matière. « Ce qui importe à la Sudbury Valley c’est que les élèves veulent apprendre non ce que les enseignants veulent leur apporter. »

Dans la pratique comment ça marche ?

Et bien un marché est conclu entre le professeur et le groupe d’élèves pour se retrouver à heure fixe selon les disponibilités de chaque partie. Les cours prennent fin quand l’une ou l’autre des parties en a assez de cet accord ou que l’objectif fixé a été atteint.

L’enseignant peut être un professionnel ou un étudiant de l’école. Il doit rester à disposition des élèves pour répondre à leurs questions et les guider dans leur réflexion si besoin. L’école essaye de répondre aux demandes d’apprentissage de chacun. Chaque demande est étudiée avec attention, tout en étant motivée et argumentée au préalable.

L’apprentissage, une clé du succès

L’expérience sur le terrain est largement favorisé, notamment si les équipements de l’école ne suffisent pas à pourvoir un enseignement pointu dans tel ou tel domaine.

Les entreprises de la région sont démarchées à la fois pour accueillir des élèves et accompagner leur professionnalisation mais également dans le prêt, le don ou la revente de matériel d’occasion à destination des différents ateliers proposés par l’école.

Associations et centres d’intérêts

Les domaines d’enseignement s’articulent autour d’associations plus ou moins actives selon les tendances du moment ou le public étudiant au sein de la Sudbury. L’intérêt de ces associations est qu’elles requièrent une organisation bien plus souple que celles intitulées départements dans les universités traditionnelles. Des associations se créent ou disparaissent au gré du nombre de membres inscrits.

Intergénérationnelle

Le mélange des âges a également selon Greenberg une vertu éducative. Les enfants adorent apprendre des autres enfants et adorent enseigner. Cela crée « un environnement humain dynamique et réel. » Les enfants s’entraident sous peine de voir tout le groupe à la traîne. L’enseignant élève se sent valorisé et les élèves veulent se hisser au niveau de leur mentor. Chacun y trouve son compte.

Greenberg aime à comparer son école à un village où tout le monde se mélange.

Démocratique

Le sentiment d’appartenance à l’Ecole en tant qu’entité s’incarne au travers du conseil de l’école. C’est lui qui assure la bonne marche de Sudbury Valley. Chaque sujet touchant l’école de près ou de loin est discuté. Chaque élève quel que soit son âge a le droit de vote au conseil. Il est donc incité à résoudre collectivement les problèmes rencontrés par l’école.

Pas d’évaluation, de médailles ou de prix

Sudbury Valley a pour principe de ne pas avoir mis en place de système d’évaluation. « L’école n’est pas un juge » martèle-t-il sentencieusement. L’élève se fixe ses propres objectifs d’excellence et à partir de là, sur une simple auto-évaluation, il peut décider tout seul de l’atteinte ou non de ses objectifs. Et contrairement à ce qu’on peut supposer, les élèves choisissent rarement la voie de la facilité.

Et la place du jeu dans tout ça ?

A la Sudbury la valeur « jeu » est « une affaire sérieuse » car elle fait appel à une multitude de compétences. Le jeu « développe la capacité à se concentrer et à focaliser son attention sur une tâche bien précise sans ménager ses efforts. » Le jeu représente une bonne partie de la vie à la Sudbury Valley. Le jeu est intrinsèquement lié au processus d’apprentissage puisqu’il le favorise. Nul besoin de beaucoup de matériel pour que les enfants s’amusent : des chaises, des tables et l’accès au jardin suffisent.

Quelques années plus tard, Greenberg interroge ses anciens élèves et analyse leur parcours. Dans le lot, un certain nombre est devenu entrepreneur.

Et si l’école de la liberté était un premier pas pour aborder sereinement l’école de la vie ?

 

Meera ALBRECHT pour l’association OZE