En 1983, Howard Gardner publie son livre Frames of Mind : the Theory of Multiple Intelligence. Il introduit une nouvelle façon de comprendre l’intelligence des enfants en échec scolaire aux États-Unis. Une traduction française de ce livre a été publiée en 1997 sous le titre Les formes de l’intelligence (Odile Jacob).

Les intelligences que nous rencontrons

En France, notre système scolaire est basé sur deux formes d’intelligence : verbale-linguistique et logico-mathématique. Cela donne un sentiment d’incompétence à beaucoup d’enfants. Pourtant, nous aimons aller dans des spectacles ; pour cela, il faut bien des danseurs, des musiciens, des comédiens. Pourtant, nous aimons bien manger et apprécions le bon vin ; il faut bien des vignerons et des gens de la terre pour donner des bons produits. Pourtant, notre monde est nourri d’images, de plus en plus en trois dimensions, ou de sons créés par des personnes dont la capacité à manier les mots ou les chiffres est bien secondaire par rapport à leur habilité à manier les images et les sons.

Quant au danseur, il a une intelligence corporelle, kinesthésique, qui se conjugue avec d’autres aptitudes et compétence, d’autres savoir-faire et savoir être.

Les personnes travaillant dans des associations d’aide aux personnes ont des compétences relationnelles ; le pilote de ligne a lui besoin de l’intelligence Visio spatiale ; le diplomate ou le négociateur ont une intelligence relationnelle ce qui demande aussi de savoir parler plusieurs langues et de mobiliser son intelligence intellectuelle et émotionnelle ; car si vous été ambassadeur et que vous n’arrivez pas à gérer vos peurs ou si vous partez dans vos colères, il y a de grandes chances pour que le résultat obtenu ne soit pas celui que vous attendiez. L’ingénieur du son a besoin d’une intelligence musicale. Le kinésithérapeute a besoin d’une intelligence corporelle, etc…

Les neuf type d’intelligence

Chaque enfant a une intelligence différente qui peut être décrite en neuf pôles. Cette nouvelle façon de voir les caractéristiques et le potentiel de son enfant permet aux parents comme aux professionnels de l’enfance d’être plus attentifs aux difficultés et aux points faintelligence multipleibles mais aussi aux facilités et aux points forts de leurs enfants. Cela permet de mettre en place une stratégie pour consolider les points faibles et encourager les points forts. Cette approche permet d’être plus respectueux du rythme de l’enfant et de ses besoins.

Rentrons dans la description de ces neuf types d’intelligence, sans oublier que chaque individu relève de plusieurs d’entre elles :

 

 

Intelligence verbale linguistique

 

  • L’enfant aime écrire ; il a une bonne base de vocabulaire. Il aime argumenter et persuader.
  • Il aime raconter des histoires. Il a une bonne orthographe.
  • Il aime les jeux de lettres comme le scrabble. Il aime les jeux de rôles.
  • Il amorce les conversations.
  • À l’adolescence, il écrit des petits poèmes, des cahiers personnels, des histoires.

Intelligence logico mathématique

  • Il aime les chiffres, les jeux de logique, de casse-tête, de déduction, les puzzles. Il aime déchiffrer les codes.
  • Il aime et peut jouer aux échecs.
  • Il sait bien ordonner et catégoriser, analyser et raisonner.
  • Il aime utiliser un ordinateur et programmer.
  • Il aime visiter les musées.

Intelligence visuelle et spatiale

  • Il aime la photo, les images, les dessins, les cartes.
  • Il dessine facilement, il illustre les mots par des images, il fait des schémas.
  • Il manipule la 3D.
  • Il apprend mieux avec des schémas et des images.

L’intelligence musicale

  • Il distingue facilement les sons, les différents instruments d’un orchestre, les différents chants d’oiseaux.
  • Il se souvient des mélodies, il a du rythme.
  • Il joue facilement d’un instrument de musique.
  • Il est sensible au bruit.
  • Il écoute de la musique en même temps qu’il pratique une autre activité.

L’intelligence corporelle, kinesthésique

  • Il a du mal à rester en place, il bouge beaucoup quand il s’exprime.
  • Il aime planifier des événements extérieurs.
  • Il est bon en sport, mais aussi en danse, en sculpture, en fabrication d’objets.
  • Il a besoin de bouger pour être en réflexion.

Intelligence intra-personnelle

  • Il sait parler de lui-même ou se connaît intuitivement. Il décrypte ses propres émotions, ses besoins et ses désirs.
  • Il anticipe sur ses comportements en fonction de la bonne connaissance de soi.
  • Il est intuitif, a le sens de l’autocritique, aime apprendre et s’améliorer.
  • Il peut donner l’impression de ne pas écouter et d’être centré sur lui-même.

Intelligence inter-personnelle

  • Il se fait des amis facilement. Il aime les conseiller.
  • Il aime gagner. Il aime diriger les projets.
  • Il détecte les intentions de quelqu’un sans qu’elles soient avouées.
  • Il met facilement en œuvre l’empathie, la coopération, la tolérance.
  • Il se retrouve souvent en position de leader parce qu’il a compris les motivations de l’un et les difficultés de l’autre.

Intelligence naturaliste

  • Il est sensible à ce qui est vivant. Il comprend l’environnement au sens large. Il aime… et il sait reconnaître et classer la faune, la flore et le monde minéral.
  • Il enquête, explore. Il aime se poser des questions et mettre les choses dans l’ordre. Il pratique la recherche scientifique.
  • Par extension, il s’adapte très bien à l’univers culturel.

Intelligence existentielle et spirituelle

  • Il se questionne sur le sens et l’origine des choses.
  • Il aime penser ses origines et sa destinée ou ceux de l’Homme. Il s’intéresse aux mythes, aux légendes, aux symboles, à la philosophie.
  • Il sait se situer par rapport aux limites cosmiques (l’infiniment grand et l’infiniment petit) voire édicter des règles ou des comportements en rapport aux domaines de la vie.

Comment utiliser les 9 types d’intelligence ?

Cette description de 9 types d’intelligence est un outil qui peut guider parents et enseignants. Pas plus que n’importe quel autre outil, il ne doit servir à enfermer une personne dans un fonctionnement particulier. C’est une photographie à un instant donné qui dépend de nombreux facteurs, y compris comment la personne se voit elle-même. La quasi-totalité d’entre nous ne relève d’ailleurs pas d’un seul type d’intelligence mais de plusieurs, pas plus qu’il n’exprime la perfection d’un des types d’intelligence.

C’est donc un outil précieux pour connaitre et faire reconnaitre à son enfant son intelligence, pour l’aider à se connaître, à se comprendre. Et en partant de là, l’aider à découvrir comment il apprend mieux. Quels sont ses talents, ses prédispositions.

C’est dire à son enfant que s’il a des difficultés en français, ce n’est pas pour cela qu’il n’est pas intelligent. Ce n’est pas parce qu’il n’aime pas les maths qu’il va passer un mauvais bac ou ne pas réussir ses études. Et surtout, ce n’est pas parce qu’il a telle difficulté qu’il ne pourra pas faire le métier qu’il aime.

C’est lui proposer des jeux, des activités plus justes pour renforcer ses points forts. C’est ensuite, quand il a rempli son réservoir de confiance et acquis des habilités dans plusieurs tâches, une invitation à découvrir d’autres formes d’intelligence, de faire des liens. C’est seulement après avoir consolidé une première base qu’il peut prendre le risque d’aller sur des zones moins confortables.

Commencer par le jeu et par le positif

Encore aujourd’hui, on focalise sur les handicaps, la grosse difficulté. On y investit beaucoup de temps, de moyens : cours particuliers, aide aux devoirs, visite chez le psychologue. On oublie de regarder ce qui est naturel, plus facile, plus intuitif. Ces apprentissages qui se font facilement, qui donnent du plaisir et qui donnent confiance.

Dernière invitation. Pour découvrir la première forme d’intelligence de son enfant, il est indispensable de lui proposer des activités très variées et de beaucoup l’observer. Le jeu est pour cela une des voies particulièrement efficace… et agréable.

Nathalie de Boisgrollier
Association Oze